(CKRL – Québec) Débat des candidats dans Jean-Lesage

(CKRL – Québec) Débat des candidats dans Jean-Lesage

Six candidats ont débattu cette semaine dans la circonscription de Jean-Lesage. L’échange, modéré par l’animateur Mickaël Bergeron et diffusé sur les ondes de CKRL, s’est déroulé au Centre communautaire Jean-Guy-Drolet et a réuni Gertrude Bourdon (Parti libéral du Québec)Raymond Côté (Nouveau Parti démocratique du Québec – NPDQ), Anne DeBlois (Parti conservateur du Québec), Christiane Gamache (Coalition Avenir Québec), Claire Vignola (Parti Québécois) et Sol Zanetti (Québec solidaire).

Les candidats se sont divisés dès leurs premières interventions, qui portaient sur la question du transport et de la mobilité dans la circonscription.

Pour diminuer l’impact de la présence de plusieurs axes routiers majeurs dans le secteur, mais aussi pour améliorer la qualité de vie et la sécurité des citoyens qui y demeurent, Mme Bourdon a d’abord proposé de construire des écoquartiers et d’encourager le transport collectif. Elle s’est dite en accord avec la proposition de transformer l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain.

Pour sa part, M. Zanetti affirme que la première mesure à mettre en place est de favoriser le transport en commun, notamment en diminuant de moitié le prix des laissez-passer. Moins d’automobiles sur les routes signifie moins d’accidents, moins de bruit et moins de pollution, allègue-t-il, se disant aussi favorable au réseau de tramway qui relierait la capitale à Lévis.

En se disant “pas contre” le transport en commun, Mme DeBlois affirme toutefois qu’il y aura toujours des automobiles sur les routes. Il ne faut pas non plus mettre en opposition la voiture et le transport collectif, qui sont complémentaires.  La meilleure manière de limiter les désagréments liés à leur utilisation serait de développer des services et des commerces de proximité afin d’inciter les gens à se déplacer autrement, entre autres en diminuant les impôts.

Comme son opposante libérale, Mme Vignola appuie la transformation de l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain. Pour elle, il importe de relier des quartiers par des infrastructures qui encourageront le transport actif. Il faut également ouvrir un dialogue entre piétons, cyclistes et automobilistes pour que ces gens-là puissent cohabiter dans le secteur, croit-elle.

Le néo-démocrate Côté rêve pour sa part de voir les bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency disparaître. Il juge anormal que des automobilistes puissent circuler à haute-vitesse au centre-ville. Selon lui, les autoroutes en milieu urbain favorisent l’étalement de la population. Il appuie le caquiste Éric Caire qui s’est prononcé contre le prolongement de l’autoroute 40 dans sa circonscription.

Enfin, Mme Gamache estime de son côté qu’il faut augmenter l’offre de transport en commun et aménager le troisième lien entre Québec et la Rive-Sud. La candidate considère que, jumelé au Projet Saint-Laurent de la CAQ, cette nouvelle infrastructure permettrait le développement de parcs industriels et des retombées économiques importantes.

Cet enjeu a donné lieu à de vifs échanges, M. Zanetti s’opposant à la mesure. “On sait ce que ça donne élargir, mettre plus d’asphalte. Un 3e lien à 4 à 6 G$, ça viendrait annuler l’effet sur la fluidité d’un réseau structurant de tramway”, a-t-il dit. Il juge que l’investissement de plusieurs milliards reviendrait à payer cher pour quelques milliers d’emplois, alors qu’un gouvernement de Québec solidaire en créerait beaucoup plus avec son projet de transition énergétique.

Mme Bourdon est convaincue qu’en percevant “le 3e lien comme une panacée, on fait fausse route.” Il faut d’abord étudier le projet, voir ce qu’il implique à court, moyen et long terme, en plus de tenir compte des besoins de la population, qu’elles vivent en ville ou en banlieue.

Pour sa part, Mme DeBlois estime que le troisième lien serait utile ne serait-ce que pour permettre aux véhicules lourds d’accéder à la Rive-Sud.

Environnement et qualité de vie

Les candidats ont par la suite été interrogés sur les mesures à implanter pour améliorer la qualité de l’air dans Jean-Lesage, un enjeu qui préoccupe beaucoup d’électeurs.

“La Ville a déjà mis en place un comité de vigilance pour incinérateur et un autre pour activités portuaires”, a fait savoir Mme Gamache, qui s’est engagée à collaborer avec la Ville pour trouver des solutions pour évaluer la gestion des émanations et la gestion des déchets. Interpellée par M. Zanetti lui demandant des détails son implication dans de nombreux comités citoyens, dont celui sur la qualité de l’air, Mme Gamache a rétorqué qu’elle ne pouvait divulguer les résultats du travail du groupe mandaté par la Ville de Québec avant son dépôt, l’an prochain.

Mme Bourdon a mis de l’avant son expérience dans le réseau de la santé pour expliquer qu’elle compte travailler de concert avec les élus locaux, les entreprises et la population pour trouver des solutions.

“Les sources de pollution dans le comté sont assez grandes. Le port, l’incinérateur, le transport, l’usine de papier”, a énuméré Mme Vignola. Pour amoindrir les impacts, elle exige que les règles environnementales du Québec soient observées, notamment en embauchant davantage d’inspecteurs. “Tolérance zéro.”

M. Zanetti a fait valoir que son parti est celui qui propose le plus d’idées pour l,environnement. Il souhaite obliger le port de Québec a mettre ses opérations sous couvert et aider la Ville de Québec à atteindre son objectif de zéro déchet. Annuler le projet de troisième lien, fermer l’incinérateur et diminuer les tarifs du transport en commun feront aussi une différence, affirme-t-il.

Mme DeBlois rappelle que déjà, des gains ont été faits la circonscription. Elle propose de remplacer les catalyseurs de l’incinérateur par d’autres, plus performants. Elle s’oppose toutefois à ce qu’une usine de biométhanisation voit le jour dans la circonscription. “Avec les odeurs, Limoilou a assez donné”, dit-elle.

Raymond Côté a souligné que l’administration du Port de Québec ne fournit pas les données nécessaires à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale afin qu’elle puisse évaluer les impacts environnementaux de ses activités. “Le port de Québec résiste encore et est encore de mauvaise foi”, a clamé le candidat, qui a suscité des rires lorsqu’il a utilisé le lapsus “polluaire” en voulant faire référence à l’administration portuaire.

Santé

Premier à intervenir sur le sujet de la santé, et plus particulièrement sur le futur hôpital qui verra le jour dans la circonscription, M. Zanetti a rappelé que son parti considère que la concentration des soins dans des “méga-hôpitaux” est contraire à sa vision. “On veut des soins de première ligne dans les CLSC, qui seront ouvert 24 heures par jour, sept jours sur sept.” Québec solidaire veut réinvestir 1,5G$ en santé, en plus de 250M$ pour les proches aidants et privilégier les soins à domicile.

Impliquée dans le comité de voisinage du futur complexe hospitalier, Mme Gamache affirme que les enjeux entourant le stationnement, le bruit, la poussière et les autres irritants que pourraient engendrer le nouvel édifice sont considérés sérieusement. “On regarde auprès des résidents qui habitent tout près de ce grand méga hôpital qui est un projet. Je resterai vigilante pour l’acceptabilité sociale”, a-t-elle dit.

Mme Vignola estime que le projet sera bénéfique pour la population s’il permet d’ajouter des ressources supplémentaires dans le système de santé. “Les hôpitaux et les urgences ne répondent pas aux besoins de première ligne. Il faut qu’il y ait plus de services de proximité: il ne faut pas fermer les cliniques pour que tout se concentre autour de l’hôpital”, a-t-elle fait valoir.

Mme Bourdon a fait rire l’assistance en mentionnant au passage que le méga hôpital était un projet qu’elle “connaît bien” et qui profitera aux résidents de la région de Québec. “C’est un centre hospitalier universitaire comparable au CHUM, au CUSM: on a là, un centre intégré sur le cancer qui va ouvrir en 2020. On est dans les 25 prochaines années, un grand centre ambulatoire, une grande tour de soins critiques. Des soins spécialisés, un centre de traumatologie, in centre de neuroscience, un centre de recherche a la fine pointe”, énumère-t-elle.

M. Côté s’est inquiété des impacts que l’hôpital pourrait avoir sur la circulation, déjà importante, dans le secteur. “Il faut faire un virage immense vers des soins de santé financés publiquement et dont la prestation est publique”, plaide-t-il.

Adoptant une position semblable à celle du Parti québécois, Mme DeBlois émet l’hypothèse que le projet sera “positif si on réussit à décloisonner les actes médicaux, si on donne plus d’autonomie aux autres professionnels (de la santé)”. Elle espère que le tout sera plus que de simplement déménager les effectifs de l’Hôtel-Dieu vers Limoilou.

M. Zanetti est revenu à la charge en abordant le thème des conditions de travail des gens dans la santé, les préposés les infirmières, éducateurs, physiothérapeutes. Selon ses observations, ces travailleurs sont à “bout de souffle”.

Interpellée, Mme Bourdon concède que les gens sont épuisés, mais contrairement à son rival, qui attribue au “saccage libéral” la situation actuelle, la candidate croit que la pénurie de main-d’oeuvre y est pour quelque chose. “On manque de travailleurs, on a besoin de plus de gens pour donner des services. À travers tout ce qu’on a pu entendre, on a des phénomènes, par exemple où la jeune génération est moins attirée par ces métiers-là. Il y a une difficulté d’aller travailler. Il faut être pragmatique sur la compétitivité du travail”, croit-elle.

Éducation

Pour favoriser l’éducation des plus jeunes, Mme Vignola a plaidé la complétion du réseau des CPE dans la circonscription, mais aussi la mise en place de joujouthèques. La caquiste a salué la proposition libérale d’appliquer la gratuité pour la formation professionnelle. “Le but, c’est d’assurer un accès à l’éducation publique, mais une éducation de très haute qualité de la maternelle à l’université avec les ressources qu’il faut.”

M. Zanetti a fait part de son souhait d’avoir une école publique “digne du 21e siècle, où les jeunes ont des services adéquats dans des milieux adéquats.” Son parti propose d’établir la gratuité scolaire du CPE au doctorat, et d’embaucher massivement des professionnels pour répondre aux besoins des élèves.

Comme Québec solidaire, le NPD Québec veut mettre un terme aux subventions octroyées aux écoles privées et aux parents qui utilisent des services de garde privés. “C’est un détournement de ressources majeur, dit M. Côté. L’ensemble de ces ressources, en étant redéployées ailleurs, profiterait au milieu.”

“La fin des subventions au privé va rapatrier énormément d’élèves qui vont donner un coup de pouce aux élèves en difficulté. Il faut faire le choix de cesser de subventionner une élite du privé. Il faut garantir à nous élèves un service complet qui répond à leurs besoins”, a renchéri le néo-démocrate.

Mme DeBlois était en désaccord. Il est préférable de donner davantage d’argent aux parents pour leur laisser le choix d’inscrire leur enfant au service qu’ils préfèrent. Elle croit aussi qu’en abolissant les commissions scolaires, les écoles seront plus autonomes dans la gestion de leurs ressources, étant donné qu’elles connaissent mieux leurs propres besoins.

Jean-Lesage obtiendra l’un des premiers lab-écoles, a rappelé Mme Bourdon. “‘C’est un projet qui vise à ramener les écoles à échelle humaine, explique-t-elle. Il faut mieux outiller les enseignants et les valoriser; leur offrir de la formation mieux adaptée à leurs besoins  et ceux des élèves.”

À la Coalition avenir Québec, ce sera les prématernelles quatre ans mur à mur. Elles permettront d’identifier les troubles d’apprentissage et d’intervenir plus tôt, allègue Mme Gamache.

Économie et société

“Dans les quartiers centraux de Québec, on observe énormes différences sociales. Comment voyez-vous cette mixité, et quelles mesures prendre pour améliorer les relations entre ces groupes?” a demandé le modérateur.

Pour Mme Vignola, cela passe par des échanges sociaux et culturels. Les fêtes de quartier sont un exemple à reproduire, dit-elle, en assurant un financement adéquat aux organismes qui en prennent charge.

M. Côté croit plutôt que la réduction des inégalités favorisera un meilleur tissu social. La classe moyenne s’appauvrit alors que les plus aisés s’enrichissent, constate-t-il. La mise en place d’un revenu garanti, un salaire minimum à 15$ l’heure et la réhabilitation du mouvement syndical sont de bonnes avenues à explorer selon lui.

Des propositions avec lesquelles M. Zanetti était d’accord. Son parti s’engage aussi à instaurer des mécanismes pour limiter la hausse du coût des loyers, à diminuer les impôts pour les contribuables qui gagnent moins de 80 000$ par année, à créer une assurance dentaire publique universelle et à construire des logements sociaux.

“Je veillerai à ce que les citoyens aient des conditions équitables”, s’est de son côté engagée Mme Gamache, qui souhaite améliorer qualité de vie des familles et assurer des ressources humaines  pour contrer décrochage scolaire. Elle veut aussi venir en aide aux plus vulnérables en favorisant le maintien à domicile des aînés, créer des emplois de qualité et soutenir des projets communautaires en lien avec multiculturalisme.

En fin de débat, les six candidats ont été invités à partager leurs idées pour favoriser l’achat local.

Aux yeux de Mme Gamache, les commerces de proximité doivent avant tout être accessibles, c’est pourquoi il faut s’assurer que des stationnements se trouvent tout près et que les secteurs soient desservis par le transport en commun. En outre, la Coalition avenir Québec se dotera d’une politique d’achat local, annonce-t-elle, et soutiendra les société de développement commercial pour instaurer un climat favorable aux PME.

M. Côté plaide que pour rendre les commerces accessibles, il importe de déneiger les trottoirs en hiver. Et pour les rendre rentables, la priorité est d’augmenter les revenus individuels pour encourager la consommation. Selon lui, diminuer les impôts des PME n’aura pas d’impact significatif puisqu’elles sont soumises à une concurrence insurmontable des grandes entreprises qui bénéficient d’un plus grand pouvoir d’achat et d’avantages fiscaux leur étant inaccessibles.

M. Zanetti semblait d’accord. Il plaide que la consommation locale est la voie de l’avenir et pour la favoriser, souhaite enrayer la concurrence déloyale des grandes entreprises du numérique. Un registre des baux commerciaux permettra enfin de freiner la flambée des loyers en empêchant les augmentations trop prononcées.

Diminuer le fardeau fiscal des PME et la bureaucratie qui les accable donnera plus de latitude aux entrepreneurs, qui pourront ainsi diminuer leurs prix et créer des emplois, croit Mme DeBlois.

Mme Vignola mise pour sa part sur l’économie sociale, qu’il faut encourager et promouvoir, alors que Mme Boudron s’engage à collaborer avec tous les milieux pour stimuler l’entrepreneuriat.

Le débat s’est terminé par une période de questions provenant du public.

Il est possible de réécouter le débat à cette adresse.

Go to Top