(CKBN – Nicolet-Bécancour) Débat entre les candidats de Nicolet-Bécancour

(CKBN - Nicolet-Bécancour) Débat entre les candidats de Nicolet-Bécancour

Les candidats des quatre principaux partis à l’élection dans la circonscription de Nicolet-Bécancour ont pris part à un débat devant environ 200 personnes, dimanche soir au Centre des arts populaires de Nicolet. La joute oratoire a été diffusée en direct sur les ondes de Via 90,5FM.

Animé et modéré par le journaliste et chef de pupitre Jocelyn Ouellet, le débat a permis aux candidats Lucie Allard (PQ), Marie-Claude Durand (PLQ), Donald Martel (CAQ – également député sortant) et François Poisson (QS) de faire valoir la position de leurs partis sur le développement économique et l’emploi, la santé et les services gouvernementaux, l’action communautaire et la solidarité de même que la culture et la démocratie.

Développement économique et emploi

Les candidats ont d’abord été sondés sur leurs propositions pour diversifier l’économie régionale, le tout alors que le lock-out chez ABI perdure depuis maintenant huit mois.

M. Poisson a rappelé le plan de transition écoénergétique de Québec solidaire, qui vise à créer 300 000 emplois sur trois mandats. “Il est possible qu’on laisse derrière des entreprises reliées à l’économie dépendante des énergies fossiles. On est rendus là”, a-t-il dit. Pour pallier à la pénurie de main-d’oeuvre, il mise sur les carrefours de l’intégration mis de l’avant pour accueillir les immigrants. Concernant les conflits de travail, son parti propose de renforcer les lois pour interdire les lock out, améliorer le rapport de force des travailleurs face aux grandes entreprises et interdire le recours aux briseurs de grève.

Pour sa part, Mme Durand souhaite utiliser le Fonds de diversification à son plein potentiel. Elle souligne également qu’il faut soutenir pleinement les entrepreneurs et encourager les gens à se lancer en affaire. La région doit également accueillir de grandes entreprises qui seront créatrices d’emplois, notamment dans le parc industriel, de même que des immigrants pour combler les emplois disponibles. Enfin, il ne faut pas négliger le commerce en ligne, relève-t-elle.

Le Parti québécois va cibler sur les entreprises locales de seconde et de troisième transformation plutôt que sur les multinationales, a fait savoir Mme Allard. “Il faut axer nos PME et soutenir le développement entrepreneurial. J’ai confiance aux entrepreneurs qui travaillent fort. La-dessus, ils peuvent avoir notre soutien”, a affirmé celle qui désire aussi réduire fardeau réglementaire et paperasse pour les PME, faciliter le rachat des entreprises, entre autres au niveau de la relève familiale, et instaurer des mesures favorisant l’achat local.

M. Martel a qualifié de “catastrophe économique pour la région” le conflit de travail à l’ABI. Selon le député sortant, il faut du leadership pour en venir à bout, et ce n’est pas un simple député qui peut y parvenir. Son chef, François Legault, est prêt à intervenir et à rencontrer les représentants de l’entreprise dès son élection comme premier ministre, a annoncé le candidat qui s’est dit déçu des efforts de la ministre du Travail Dominique Viens dans ce dossier.

En plus de déplorer que très peu d’emplois ont été créés par le gouvernement libéral dans le parc industriel, le seul qui appartient au gouvernement,  le caquiste a également écorché le Parti québécois pour avoir fermé la centrale nucléaire Gentilly 2 et provoqué des pertes d’emploi, ce qui n’a pas manqué de faire réagir Mme Allard.

Le quatuor a par la suite été questionné sur les mesures à mettre en place pour soutenir les travailleurs du domaine agricole, aux prises avec une augmentation fulgurante du prix de leurs terres.

“Jamais un gouvernement du Parti québécois ne va sacrifier les agriculteurs, a lancé Mme Allard, référant aux négociations actuelles sur l’ALÉNA. Le Québec doit mettre son poing sur la table.” La candidate pense également qu’une vision politique à long terme est nécessaire pour le secteur agricole, qui représente plus de 80% du territoire de la circonscription. Cela passe par des mesures favorisant la relève agricole, un soutien aux fermes familiales, la protection des terres agricoles, la réduction des délais à la Commission de protection du territoire agricole et une relance de la souveraineté alimentaire.

M. Martel croit pour sa part que les producteurs agricoles, qui sont des entrepreneurs, doivent bénéficier du même traitement que les autres personnalités d’affaires; c’est pourquoi il propose qu’on leur donne accès à l’aide d’Investissement Québec. De plus, un gouvernement de la Coalition avenir Québec investirait 50 millions de dollar pour moderniser les fermes et faciliter le transfert de celles-ci entre membres d’une même famille.

M. Poisson estime que l’avenir passe par un plus grand nombre de coopératives, des façons de faire plus écologiques, une agriculture biologique et responsable. Il ne fait pas grand cas de renégociations de l’ALÉNA, qui selon lui “n’enrichit que les grosses compagnies. La mondialisation, pour le pauvre monde, ce n’est pas une bonne chose”, a-t-il fait valoir, ajoutant que le système actuel de gestion de l’offre devait être maintenu.

Il faut moderniser la Loi sur la protection du territoire, juge Mme Durand, qui compte aussi œuvrer à réviser le programme de la Financière agricole et maximiser l’accessibilité des terres agricoles à la relève par des fonds publics. La politique bioalimentaire mise de l’avant par le gouvernement sortant incite la population à acheter local et à encourager les coopératives. La candidate souhaite aussi créer une route agroalimentaire touristique et gourmande.

Santé et services gouvernementaux

L’idée de créer un Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) desservant uniquement le Centre-du-Québec a divisé les candidats lors du débat.

Mme Durand croit qu’avant de songer aux structures, il faut se demander comment donner accès aux services de première ligne. Elle note “l’essoufflement du personnel et la pénurie de main-d’oeuvre” dans le système de santé et propose une embauche massive pour répartir les tâches.

Mme Allard adhère pour sa part à la création d’un CISSS régional, qui ramènerait les décisions plus près des citoyens. “Avoir un CISSS chez nous, c’est juste positif, car on va prendre les décisions pour nous. Il est primordial de remettre le patient au centre des décisions”, dit-elle, réclamant un “un coup de barre en santé”, qui passe par un gel de la rémunération des médecins, des investissements dans les soins à domicile, la climatisation des CHSLD, le décloisonnement des professions en santé.

M. Martel était lui aussi en faveur de la création d’un nouveau CISSS, mais il s’engage à d’abord à échanger avec les élus locaux de la région pour s’assurer qu’ils veulent s’engager dans cette voie.

“Le Parti libéral, ce qu’ils ont fait avec notre système de santé, c’est inexcusable. Ils nous disent: ramenez-nous au pouvoir et on va vous acheter”, a lâché M. Poisson, convaincu que “la région mérite d’être autonome.” “Est-ce que ça passe par un CISSS? On va demander aux gens ce qu’ils veulent. SI c’est ce qu’ils veulent, c’est ce qu’on va leur donner”, a-t-il poursuivi. Québec solidaire souhaite désengorger les urgences en ouvrant les portes des CLSC 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Environnement

Les mesures à prendre par le prochain gouvernement pour atténuer les impacts des changements climatiques a fait l’objet d’un troisième tour de table.

Aux yeux du candidat Martel, la transition énergétique doit s’opérer sans négliger le développement économique. “Il faut innover pour une économie beaucoup plus verte et pour assurer une Terre propre aux générations futures. Le transfert des voitures en véhicules électriques doit se faire graduellement”, a-t-il ajouté.

L’eau sera la principale cause des guerres à survenir sur la planète, a affirmé M. Poisson. Il y a une urgence d’agir pour sauver la Terre. “Le party est fini, il va falloir faire un tournant, a-t-il dit. Ça va prendre des sacrifices. L’auto solo, ça marche plus. Le transport de personnes est ce qui pollue le plus; on doit donc électrifier les transports, assainir notre air, notre eau.”

Son homologue libérale était d’accord. “La lutte contre les changements climatiques, c’est l’affaire de tous”, a-t-elle renchéri, rappelant que son parti compte réduire de 40% la consommation de pétrole au Québec et réduire 37% des gaz à effet de serre, dans le secteur du transport.

Mme Allard a annoncé qu’un gouvernement du PQ mettrait fin à tout projet d’exploration et d’exploitation au gaz de schiste, en plus de soutenir les industries et les entreprises innovantes dans l’économie verte, d’électrifier les transports, d’encourager le transport actif, le covoiturage et le télétravail.

Action communautaire et solidarité

Le sous-financement des organismes communautaire a également donné lieu à certains échanges. Les quatre candidats étaient toutefois unanimes: il faut venir en aide à ceux qui aident les autres.

Québec solidaire compte investir 260 millions de dollars supplémentaires annuellement pour subventionner ces organismes à la mission. “Ce qu’on les a obligés à faire sous le gouvernement libéral, c’est de padder pour les coupures qu’il a fait. Eux autres aussi on la langue à terre”, a dénoncé M. Poisson, qui inclut l’aide juridique et le logement social dans la liste des secteurs à soutenir.

Mme Durand a défendu le bilan de son parti en rappelant que le gouvernement a bonifié le PSOCLE et que malgré les efforts, la demande dépasse toujours l’offre de services. “Je veux aider les organismes à obtenir l’équilibre”, dit-elle.

“Les organismes communautaires sont là pour prendre soin des gens vulnérables, c’est notre filet social. Il faut reconnaître leur expertise et leur autonomie”, a indiqué Mme Allaire, dont le parti compte rehausser le financement des organismes de 200 millions de dollars à sa première année de mandat.

En plus de mieux les financer, il faudra diminuer la bureaucratie et la paperasse que doivent compléter les organismes, soutient M. Martel, qui s’engage également à ce que les organismes de la région soient financés de manière équitable à ceux d’autres régions au Québec.

Par la construction de 20 Maisons Gilles-Carle, la Coalition avenir Québec espère offrir du répit aux aidants naturels, et modifier la loi pour éviter qu’ils ne perdent leur emploi en prenant soin d’un membre de leur famille. Au Parti québécois, une offre de huit heures de répit supplémentaire chaque semaine, en plus d’une politique nationale sur les proches aidants et l’aménagement de logements supervisés viendrait alléger leur fardeau.

La question des aînés a aussi soulevé les passions.

M. Poisson a souligné la situation de pauvreté dans laquelle de nombreux aînés se retrouvent. Avec un régime de retraite universel, il serait plus facile de vivre ses vieux jours sans s’inquiéter, croit le candidat, ajoutant que grâce au projet Pharma-Québec, qui consisterait en des achats groupés de médicaments, les gens économiseront beaucoup sur leur facture de médicaments. M. Poisson plaide aussi pour plus d’imagination. Ailleurs dans le monde, illustre-t-il, des partenariats existent entre des écoles et des résidences pour aînés, une initiative qui pourrait être implantée au Québec à peu de frais.

Mme Durand a rappelé que son parti a mis de l’avant le Plan d’action 2018-2023 pour les aînés et que les municipalités seront appelées à contribuer via la démarche Municipalité amie des aînés. Des mesures fiscales et des crédits d’impôt, entre autres sur le logement, pourrait les soulager aussi.

Mme Allaire souhaite “s’assurer de redonner la dignité à nos aînés et leur donner la place à laquelle ils ont droit” dans la société. Elle s’est aussi prononcée en faveur de projets intergénérationnels.

Culture et démocratie

Les quatre aspirants au siège de député se sont aussi prononcés en faveur de l’immigration. Ils souhaitent tous attirer de nouveaux arrivants dans la région pour répondre aux besoins en main-d’œuvre.

“L’immigration, si elle est bien faite, dans un cadre intégré, ça ne peut être qu’une réussite, a indiqué Mme Durand. On a beaucoup à apprendre des gens. Il faut vitaliser nos villages, nos écoles.”

Mme Allard était en accord, mais elle a spécifié qu’une bonne connaissance du français, au préalable, était la “condition de départ pour une meilleure intégration”.

De son côté, M. Martel a rappelé que son parti souhaite accueillir moins d’immigrants, mais pour mieux les accueillir. Un délai de trois ans sera octroyé pour leur permettre d’apprendre le français.

Les deux tiers des immigrants ont déjà une base en français, souligne M. Poisson. “Les immigrants c’est une richesse, a-t-il affirmé. C’est une richesse, l’immigration, il ne faut pas en avoir peur.” La solution passe, notamment, par la reconnaissance des diplômes émis à l’étranger et l’intégration par le milieu de travail.

“C’est un bon point, a répondu M. Martel. Il faut sélectionner les immigrants en fonction de nos besoins sur le marché du travail.”

“Un réfugié ça se sélectionne plus ou moins”, a rétorqué le solidaire du tac au tac.

Le modérateur a ensuite interrogé les candidats sur les solutions à mettre en place pour contrer le cynisme envers le système politique.

Le caquiste Martel estime que les attaques personnelles ne “rehaussent pas l’estime des citoyens envers les candidats et députés. Il faut être constructif, proposer des choses que les Québécois souhaitent, débattre dans un climat harmonieux.”

“Il y a un gros cynisme, reconnaît M. Poisson. La majorité paie pour une minorité. On est tous là pour servir, pour le bien commun, mais des gens ont voulu s’en mettre plein les poches, faire des retours d’ascenseur, avec conséquence que les gens ne vont plus voter et n’ont plus envie de s’impliquer. La solution: il faut parler vrai, être authentique.”

Il faut aussi laisser place aux idées. “C’est un privilège de pouvoir poser sa candidature, mais un privilège encore plus grand de représenter les Québécois, affirme Mme Durand. Chacun doit parler de son programme, doit parler avec conviction.”

Le cynisme sera moins grand lorsque le vote des électeurs comptera vraiment, opine pour sa part Mme Allard. C’est ce qui se produira si le mode de scrutin proportionnel est adopté, croit-elle. “Ça va permettre de réduire le désabusement et le cynisme de la population car il reflèterait vraiment la volonté populaire. Il faut s’assurer que les régions soient bien représentées.”

Tous se sont également engagés à être à l’écoute des citoyens.

En guise de dernière question, Jocelyn Ouellet a demandé aux candidats quel serait le souvenir qu’ils voudraient que les enfants gardent de leur passage à l’école.

“J’aimerais qu’ils gardent le souvenir d’une école où c’est la famille qui a sa place, une école où il y a des activités parascolaires, un lien d’attachement qui se développe avec les professeurs, où tout le monde est inclus, où il n’y a pas d’intimidation, où chaque enfant reçoit les services professionnels dont il a besoin”, a énuméré la péquiste Allard.

“L’école, c’est là qu’on s’épanouit, c’est là qu’on développe une certaine appartenance, a enchaîné M. Martel. Nous, on ajoute cinq heures pour du parascolaire, des activités culturelles et l’aide aux devoirs.  J’encourage la réussite scolaire, et c’est important que les jeunes puissent s’identifier à leur école.”

“Dans notre programme, il y a mesure très ambitieuse, c’est la gratuité scolaire du CPE au doctorat. Oui ça coûte cher, mais notre cadre financier balance. L’éducation, c’est le nerf de la guerre pour être formé pour le monde du travail. Un des vecteurs de la pauvreté le manque d’éducation et les problématiques qui en découlent”, a pour sa part affirmé M. Poisson.

“On a une belle offre en éducation. Ce que je souhaite, c’est que leurs parents aient un choix. Un choix entre le privé et le public, entre plusieurs programmes, pour choisir ce qu’il y a de mieux pour leur enfant”, a conclu Mme Durand.

En toute fin de débat, M. Ouellet a demandé à chacun des candidats de souligner une qualité chez leurs adversaires, ce qui n’a pas manqué de faire rire l’assemblée. Tous ont souligné la nature cordiale de leurs échanges et l’implication des autres.

Le débat sera disponible en baladodiffusion sur le site de Via 90,5 FM.

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