(CFNJ – Joliette) Débat à trois dans Joliette

(CFNJ – Joliette) Débat à trois dans Joliette

Trois candidats dans Joliette ont pris part à une joute oratoire organisée par la Chambre de commerce de Joliette et diffusée en direct sur les ondes de CFNJ.

La députée sortante, la péquiste Véronique Hivon, s’est mesurée à la solidaire Judith Sicard et au caquiste François St-Louis. La candidate libérale, Émilie Imbeault, n’a pas pu prendre part au débat pour des raisons de santé.

La formule, qui incluait un mot d’introduction et un mot de la fin, permettait à chaque candidat, à tour de rôle, de poser une question à l’un de ses opposants. Le troisième participant pouvait également faire valoir son point de vue sur le thème avant que le candidat initial puisse conclure sur le thème.

C’est Mme Sicard qui a lancé les échanges en reprochant au Parti québécois de ne pas avoir inclus de mesure sur l’agriculture biologique dans son plan d’action.

“On est tout à fait pour la transition vers le biologique. On a prévu des moyens d’accompagner les entreprises agricoles qui souhaitent faire cette transition-là. Ça ne sont pas des mesures coercitives, mais d’accompagnement, notamment pour la relève agricole”, a répondu sa vis-à-vis péquiste, ajoutant que des politiques d’achat local, la souveraineté alimentaire et l’étiquetage des OGM constituent d’autres mesures pour appuyer l’agriculture biologique.

“50% ça peut sembler ambitieux, mais il faut aller plus loin que ça”, a pour sa part rétorqué M. St-Louis, en faisant référence à l’objectif du PQ en souveraineté alimentaire.

Québec solidaire doterait aussi les institutions publiques d’une politique d’approvisionnement local. Un soutien financier serait octroyé aux producteurs agricoles pour passer à la culture biologique.

Mme Hivon a ensuite demandé à sa rivale solidaire comment la mise en application des mesures de son parti pour les travailleurs, qui obtiendraient d’emblée quatre semaines de vacances annuellement en plus de congés supplémentaires, pourrait se réaliser dans des PME qui peinent déjà a combler leurs besoins de main-d’oeuvre. En sous-question, elle a déploré que le plan de transport collectif de Québec solidaire comprend 38 nouvelles stations dans le métro de Montréal, mais rien pour la circonscription.

“On a un grand projet pour Montréal, mais on a aussi prévu du transport interurbain à travers les régions. Ce service doit être offert par l’État plutôt que quelque chose qui doit être absolument rentable”, croit Mme Sicard, dont le parti diminuerait de 50% les tarifs pour des laissez-passer de transport en commun, en plus de développer des plateformes d’autopartage et de covoiturage.

M. St-Louis y est ensuite allé d’un appel à la prudence.  “Le transport régional est fondé dans le cadre financier, dans le segment Joliette-Radisson: si on diminue le nombre d’aller-retours (entre Joliette et Radisson), on met à risque les autres (trajets sur cette ligne). Je pense qu’avant d’aller de l’avant avec ces propositions il faudrait faire vos devoirs”, dit-il.

La députée sortante et vice-chef du Parti québécois a pour sa part parlé du projet d’amener le train de l’Est dans la circonscription, ce qui mettrait Joliette ” sur la carte”. “Ça ne veut pas dire qu’il n’y aurait plus de transport par autobus, mais c’est un projet d’avenir qui contribuerait à diminuer les gaz à effet de serre.”

La question de Jean-François Lisée à Manon Massé sur la gouvernance de Québec solidaire, formulée dans le cadre du débat de la semaine dernière diffusé sur les ondes de TVA, a été ramenée sur le tapis par M. St-Louis. ” J’aimerais vous entendre sur le mépris du PQ pour votre parti alors que Mme Hivon devait négocier une convergence des forces indépendantistes”, a-t-il demandé à Mme Sicard, qui lui a répondu que cette convergence était impossible parce que “le PQ a trop d’effets négatifs de son passage au pouvoir”.

Mme Hivon a paru courroucée par la question du caquiste. “Ma façon de voir les choses, c’est que c’était une bonne idée de tendre la main aux souverainistes de toute allégeance. On sait que c’est un enjeu qui est majeur: beaucoup de Québécois pensent qu’on pourrait se développer beaucoup mieux si on avait tous nos pouvoirs. Je n’ai pas envie de revenir dans le passé, je regarde vers l’avenir”, a-t-elle dit.

Services et finances publics

Préoccupé par le décrochage scolaire plus élevé dans la circonscription que la moyenne québécoise, M. St-Louis allègue que le travail à accomplir est “colossal” dans la région et qu’il importe de trouver des solutions rapidement. Un taux de diplomation plus élevé attirerait davantage d’entreprises intéressées à embaucher de la main-d’oeuvre qualifiée.

Il a sondé Mme Hivon sur les mesures que compte mettre son parti en place pour contrer le phénomène.

“C’est un plan qui se déploie en plusieurs volets, dit-elle. Le premier c’est de miser sur la petite enfance. On a annoncé nos mesures, de nouvelles places 26 800 dans les CPE, c’est plusieurs centaines pour les gens ici. Avoir un bon départ dans la vie est favorable pour l’égalité des chances. C’est fondamental”, dit-elle. Le PQ compte mettre en place une loi empêchant les compressions en éducation.

Mme Sicard a pour sa part rappelé l’engagement de Québec solidaire d’instaurer la gratuité scolaire, tous niveaux confondus. “On offre aussi d’améliorer nos écoles publiques car elles ont besoin de financement. En offrant des services d’orthopédagogue, psychologue, on offre aussi une diminution d’élèves par classe et l’arrêt des subventions des écoles privée”, a-t-elle poursuivi.

Elle a également interpellé M. St-Louis sur la question des emplois. “On s’approche du plein-emploi dans les secteurs les plus stéréotypés, qui viennent drainer les jeunes dans nos écoles. Une fois que le plein-emploi ne sera plus, ces jeunes ne seront pas outillés”, craint-elle.

“M. Legault a été assez clair, l’objectif est d’avoir des jeunes qui sortent avec un diplôme”, a répondu le caquiste.

Mme Hivon abonde en ce sens: c’est important de valoriser la formation professionnelle et technique. Selon elle, l’ajout de stages rémunérés dans le cursus scolaire éviterait à des étudiants de cumuler travail et études.

Dans cette veine, Mme Sicard a rappelé qu’avec un salaire minimum établi à 15$ l’heure, les jeunes auraient besoin de travailler moins longtemps pour ficeler leur budget. Jumelée à la gratuité scolaire, cette mesure garderait les jeunes dans les écoles plus longtemps.

Véronique Hivon a par après questionné M. St-Louis sur la proposition de la CAQ de faire de la prématernelle quatre ans un cheval de lance. “Ça veut dire 5000 nouvelles classes au Québec en 4 ans quand on sait que nos écoles débordent, qu’il y a pénurie d’espaces, d’enseignants. On sait très bien que dans nos CPE le ratio est moins élevé, les éducatrices sont formées pour la petite enfance. Pourquoi cette obsession?”

Le candidat a contredit son chef en prétendant que la prématernelle quatre ans ne serait pas obligatoire, ce que n’a pas manqué de relever la députée sortante. “On veut laisser le choix aux parents, que ce soit en CPE, une garderie en milieu familial, une prématernelle quatre ans”, a répondu M. St-Louis.

Environnement, identité, vivre-ensemble, immigration et jeunesse

Mme Hivon a reproché à la CAQ de n’inclure aucune mesure environnementale dans son cadre financier, ce à quoi M. St-Louis a répliqué que son parti avait prévu l’électrification des transports, le réaménagement des berges du Saint-Laurent et d’autres mesures.

“On est conscients du défi colossal que nous imposent les changements climatiques. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas eu un cadre aussi ventilé que d’autres qu’on en (l’environnement) fera fi quand on sera au gouvernement”, a-t-il mentionné avant de questionner la péquiste sur l’obligation des immigrants de parler français à leur arrivée au Québec.

“Pour les immigrants, ce serait un facteur de succès pour qu’ils ne quittent pas. On va les accompagner là-dedans, a promis Mme Hivon, précisant que les réfugiés seraient exclus de la mesure. On pense que c’est fondamental qu’au moins 25% des immigrants s’établissent en région. on pense que le français est un facteur d’intégration-clé pour les immigrants. ”

Mme Sicard, un peu à l’écart de ces échanges, a parlé du plan de transition écologique de Québec solidaire et de la proposition du parti de mettre sur place des carrefours de l’immigration. Elle a souligné que son parti souhaite appliquer la loi 101 aux entreprises de 20 employés et plus dans un premier mandat et qu’il obligera les entreprises à embaucher 25% d’immigrants jusqu’à l’atteinte d’un seuil minimal de 13%.

En rafale

Dans un autre volet du débat, les candidats ont répondu à tour de rôle à des questions du public triées sur le volet.

La première d’entre elles concernait le financement des organismes communautaires.

Alors que Québec solidaire propose d’investir 260 millions de dollars annuellement et que le Parti québécois souhaite bonifier leur financement de 200 millions, la Coalition avenir Québec s’engage à maintenir le financement actuel des organismes et à le bonifier “en temps et lieu”.

La pénurie de main-d’oeuvre est revenue dans les discussions alors que les candidats ont été questionnés sur leur stratégie pour  résorber celle-ci.

“En augmentant le salaire minimum à 15$ et en aidant les entreprises avec des subventions de 100M$, ça va aller chercher de la main-d’œuvre. Il y a des individus qui choisissent de rester a la maison parce que ce n’est pas nécessairement avantageux pour eux de travailler au salaire minimum”, a indiqué Mme Sicard.

Tant Mme Hivon que M. St-Louis ont affirmé que c’est en rendant Joliette attrayant pour les travailleurs que la circonscription parviendra à se démarquer. La péquiste croit en l’aménagement d’infrastructures et un meilleur accès aux services tandis que le caquiste souhaite faire de la région un pôle économique et miser sur la diplomation.

Il est possible de réécouter le débat ici.

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